En Provence, on ne plaisante pas avec les traditions. Ici, elles se transmettent à table, autour d’un café, d’une crèche, d’un santon… et surtout d’un bon gâteau ! Après Noël, la Sainte-Barbe et les treize desserts, l’histoire ne s’arrête pas le 25 Décembre. Bien au contraire. Le cycle des fêtes calendales se prolonge avec l’un des rendez-vous les plus gourmands de l’hiver : l’Épiphanie !
Et à Marseille comme dans toute la Provence, une question revient chaque année, presque aussi sérieuse qu’un débat OM-PSG : galette à la frangipane ou gâteau des rois ?
Spoiler alert : en Provence, on a déjà tranché. Mais comme pour les chocolatines, on reste polis avec le reste de la France ! 😉
L’Épiphanie : une fête ancienne, bien ancrée en Provence…
Célébrée officiellement le 6 Janvier, ou le deuxième dimanche après Noël, l’Épiphanie vient du grec epiphaneia, qui signifie « apparition ». Dans la tradition chrétienne, elle commémore l’arrivée des Rois Mages : Melchior, Gaspard et Balthazar auprès de l’Enfant Jésus…
En Provence, une particularité savoureuse s’ajoute au récit : selon la tradition populaire, l’Enfant Jésus serait né… en Provence. Rien que ça. Il n’en fallait pas plus pour que les Rois Mages trouvent naturellement leur place dans les crèches provençales…
Le 6 Janvier, ils rejoignent officiellement la scène, guidés par l’étoile du berger et y resteront jusqu’à la Chandeleur, le 2 Février. Santons, bergers, meuniers, poissonnières… toute la Provence miniature est au complet.
Avignon, la papauté… et la naissance du gâteau des rois
L’histoire du gâteau des rois en France remonte à la fin du XIVème siècle, à Avignon, alors siège de la papauté. C’est au couvent des Dominicains qu’aurait eu lieu le premier « tirage des rois ».
À l’époque, le gâteau n’avait rien de la frangipane actuelle : il s’agissait d’un gâteau rond, garni de figues, dattes et miel, partagé équitablement entre maîtres et esclaves. Une fève y était dissimulée et celui qui la trouvait devenait roi pour la journée.
Une tradition populaire, festive, presque subversive… qui n’a jamais quitté la Provence jusqu’à aujourd’hui…
En Provence, pas de galette : vive le gâteau des rois !

Soyons clairs : la galette à la frangipane, c’est excellemment bon… mais ce n’est pas d’ici…
En Provence, on célèbre l’Épiphanie avec le gâteau des rois, une brioche en forme de couronne, généreusement parfumée à la fleur d’oranger, recouverte de sucre et de fruits confits éclatants, censés représenter les joyaux de la couronne des Rois Mages.
À l’intérieur, on trouve :
- Une fève alimentaire
- ou un sujet en porcelaine, souvent un santon, pour le plus grand bonheur des collectionneurs
Et surtout, un rituel immuable : le plus jeune de la tablée se glisse sous la table et attribue les parts, afin que le hasard décide du roi et de la reine du jour.
Résultat ? Des rires, des miettes sur la nappe et souvent… un deuxième gâteau à prévoir, parce que « bon, on ne va pas s’arrêter là ».
Frangipane vs gâteau des rois : une histoire aussi politique que gourmande…
Sous la Révolution française, la fête des rois devient un sujet sensible. Trop monarchique, trop symbolique. Certains révolutionnaires envisagent même de l’interdire.
Finalement, par pragmatisme et pour ne pas se mettre les boulangers à dos, elle est rebaptisée fête du bon voisinage ou fête des Sans-culottes. Le gâteau reste, mais la symbolique évolue.
Avec le temps, notamment à Paris, la galette se rapproche du pithiviers donnant naissance à la galette feuilletée fourrée à la frangipane que l’on connaît aujourd’hui…
Petit clin d’œil historique : en 1975, une galette géante d’un mètre de diamètre fait son entrée à l’Élysée, offerte par les boulangers-pâtissiers de France. Comme quoi, même la République a gardé un faible pour la fève alors que dans cette galette là, il n’y a pas de fève ni de tirage des rois pour ne pas entacher le prestige du Président de la République…
Le gâteau des rois : une recette, un terroir, une identité…
Le gâteau des rois provençal est un concentré de terroir :
- Farine de blé,
- Levain ou levure,
- Œufs,
- Beurre,
- Sucre,
- Sel,
- Eau de fleur d’oranger,
- Fruits confits.
La pâte, souple et élastique, est façonnée en couronne, dorée au blanc d’œuf, décorée de fruits confits avant cuisson, puis garnie d’une fève.
Terre de soleil et de vergers, la Provence est devenue naturellement la capitale des fruits confits, avec Apt en figure de proue. Dès 1348, le pape Clément VI confiait le titre d’« écuyer en confiserie » au confiseur aptésien Auzias Maseta. La classe, version médiévale…
Nos bonnes adresses à Marseille pour acheter des galettes et gâteaux des rois

Parce qu’une tradition réussie passe aussi par les bonnes maisons, voici quelques adresses marseillaises incontournables pour se régaler sans trahir l’esprit provençal (ou presque).
- Sylvain Depuichaffray au 66 Rue Grignan, 13001 Marseille : Un artisan respecté, connu pour son travail précis, ses brioches moelleuses et ses galettes parfaitement équilibrées.
- Pâtisserie Amandine au 69 Bd Eugène Pierre, 13005 Marseille : Une institution pour les amateurs de douceurs raffinées avec notamment un gâteau des rois généreux et délicatement parfumé.
- La Tarte Tropézienne au 87 Avenue de Saint-Julien, 13012 Marseille : Oui, on connaît surtout la tropézienne… mais leur version du gâteau des rois mérite clairement le détour…
- Boulangerie Saint Honoré au 131 Rue d’Endoume, 13007 Marseille : Une valeur sûre pour ceux qui veulent comparer galette frangipane et gâteau provençal, sans conflit diplomatique.
- Patisserie Saint Victor au 2 Av. de la Corse, 13007 Marseille : Savoir-faire traditionnel, beaux produits et respect des recettes : ici, l’Épiphanie se fête sérieusement.
En résumé : peu importe la couronne, tant qu’il y a la fève…
Galette du Nord ou gâteau des rois provençal, l’essentiel reste le même : se retrouver en famille, entre amis ou entre collègues de boulot, partager, rire et perpétuer des traditions qui sentent bon la fleur d’oranger et l’enfance !
Mais entre nous… en Provence, même si la frangipane reste notre pâtisserie de coeur, le roi porte une couronne de fruits confits. Et ça, ce n’est malheureusement pas négociable 😉
Bonne Épiphanie à toutes et à tous et que le meilleur gagne… ou ramène le prochain gâteau ! 😉